Une conciergerie propose « dix courses par semaine contre 15 % ». Le chiffre paraît simple, mais il ne dit pas qui vend le transport, encaisse le passager, choisit l'exploitant, confirme la réservation, répond d'un retard ni transmet les données. Selon le fonctionnement réel, la conciergerie peut être cliente, simple apporteuse, mandataire, vendeuse du service ou centrale de réservation.
Le contrat ne doit donc pas commencer par le taux de commission. Il commence par le parcours d'une course, depuis la demande du voyageur jusqu'au paiement et à la réclamation. La qualification retenue doit correspondre aux actes réellement accomplis ; l'intitulé « partenariat » ou « apporteur » ne neutralise pas les obligations attachées au modèle.
Dessiner le parcours avant de choisir les mots
Pour une course test, répondez par écrit :
- qui reçoit la demande initiale ?
- qui annonce le prix et les conditions au client ?
- qui accepte ou refuse la course ?
- qui collecte les informations de réservation ?
- qui choisit l'exploitant, le conducteur et le véhicule ?
- au nom de qui la confirmation est-elle envoyée ?
- qui encaisse le prix du transport ?
- qui émet chaque facture ?
- qui traite l'annulation, l'incident et la réclamation ?
Les réponses font apparaître les rôles. Une conciergerie qui transmet un contact puis sort de la relation n'exerce pas la même activité que celle qui construit l'offre, confirme le chauffeur, encaisse le prix et assure le service client.
Modèle 1 : simple apport d'affaires
Entreprendre.Service-Public distingue l'apporteur d'affaires, qui met les parties en relation sans conclure l'opération au nom de l'entreprise, de l'agent commercial, qui négocie et conclut au nom et pour le compte de son mandant. Le juge n'est pas tenu par le titre donné au contrat : les actes effectifs comptent.
Dans un apport simple, la conciergerie identifie un prospect et le met en relation avec l'exploitant VTC. Celui-ci qualifie le besoin, établit son prix, conclut le transport, émet la confirmation, exécute et facture. La rémunération de l'apporteur découle de la règle convenue.
Si la conciergerie négocie régulièrement les prix, engage l'exploitant ou conclut les contrats en son nom, le schéma peut dépasser l'apport ponctuel. Faites qualifier le mandat réel et ses conséquences avant de déployer le partenariat.
Modèle 2 : la conciergerie cliente du VTC
La conciergerie peut acheter des prestations pour fournir son propre service à une résidence, une entreprise ou un voyageur. Elle adresse une commande à l'exploitant et reçoit sa facture. Le passager n'est alors pas nécessairement le client facturé par le VTC.
Le contrat précise qui vend quoi au client final et évite un double discours. La conciergerie ne peut promettre une catégorie, une disponibilité ou une annulation gratuite que le transporteur n'a pas acceptée. Le VTC doit recevoir assez tôt les informations nécessaires à la réservation et à l'exécution.
Modèle 3 : intermédiaire ou centrale de réservation
Le Code des transports prévoit des obligations propres aux activités de mise en relation électronique dans le transport public particulier de personnes. Il définit aussi la centrale de réservation et lui attribue une responsabilité de plein droit envers le client pour la bonne exécution des obligations résultant du contrat de transport, y compris lorsqu'elles sont exécutées par d'autres prestataires, sous les causes d'exonération prévues.
Une conciergerie n'est pas automatiquement une centrale parce qu'elle envoie un courriel, et elle ne cesse pas de l'être uniquement parce que le contrat l'appelle « apporteur ». Analysez le service : mise en relation, réservation, contrôle du prestataire, détermination du prix, encaissement, marque présentée au client et traitement de la course.
Lorsqu'un dispositif de mise en relation entre dans le champ concerné, les vérifications prévues par le Code des transports ne se remplacent pas par une clause où le chauffeur « garantit être conforme ». Le processus doit contrôler les pièces et l'affectation réelles.
Identifier le vendeur et l'exploitant sur chaque document
Chaque course comporte au moins deux questions différentes :
- vendeur contractuel : l'entité qui promet le transport et facture le client ;
- exploitant exécutant : l'entreprise VTC inscrite qui réalise la course.
Ces rôles peuvent être tenus par la même entreprise ou par deux entreprises. La confirmation, le justificatif de réservation, la facture et la réclamation doivent rester cohérents. Une marque commerciale seule ne permet pas au passager de comprendre son cocontractant.
Contrôlez l'inscription de l'exploitant sur le registre public, la carte du conducteur, le véhicule et les assurances correspondant à l'usage. Conservez la date et le résultat des vérifications. Une capture ancienne fournie à la signature ne prouve pas la situation d'une course six mois plus tard.
Définir un lead mesurable
Le mot « lead » doit être remplacé par des états observables :
| État | Critère | Rémunération possible |
|---|---|---|
| Contact transmis | Personne informée, besoin non qualifié | Selon attribution validée |
| Demande qualifiée | Date, lieu, besoin et budget plausibles | Pas une course acquise |
| Devis accepté | Prix et conditions acceptés | À définir si annulation |
| Course confirmée | Exploitant et réservation identifiés | Selon contrat |
| Course exécutée | Preuve de prise en charge et fin | Base la plus vérifiable |
| Course encaissée | Paiement rapproché | Attention au délai de trésorerie |
Définissez aussi doublon, client déjà connu, demande hors zone, coordonnées fausses, devis expiré et course incompatible. Un contact sans accord pour être rappelé ne devient pas un lead valable par simple transmission.
Fixer une règle d'attribution
La conciergerie peut revendiquer une commission sur toute course ultérieure avec une personne transmise. Sans limite, cette clause capture indéfiniment un client que le VTC aurait pu acquérir ailleurs.
Précisez :
- l'événement qui ouvre l'attribution ;
- la preuve de la première transmission ;
- la fenêtre temporelle ;
- le traitement d'un client déjà présent dans le CRM ;
- les réservations de groupe ou pour un tiers ;
- les doublons entre plusieurs apporteurs ;
- le sort des courses récurrentes après résiliation.
Utilisez un identifiant de demande et un journal horodaté. Le premier courriel reçu ne suffit pas si les informations ne permettent pas d'identifier la demande ou si la personne n'avait pas souhaité être contactée.
Écrire l'assiette de commission
« 15 % » ne permet aucun calcul tant que l'assiette et l'événement d'exigibilité ne sont pas définis. Le contrat indique :
- HT ou TTC ;
- prix du transport seul ou prix avec attente, péage et parking ;
- montants remisés, annulés, remboursés ou impayés ;
- course commandée, exécutée ou encaissée ;
- période et méthode d'arrondi ;
- traitement de la TVA sur la prestation de la conciergerie ;
- document émis et délai de paiement ;
- procédure de contestation du relevé.
Une commission calculée sur le TTC puis comparée à une marge HT fausse le pilotage. De même, déduire la commission du virement sans enregistrer séparément la vente et la charge peut rendre le rapprochement illisible. Faites valider le circuit comptable et fiscal retenu.
Tester la marge course par course
Le chiffre d'affaires apporté ne dit rien de la rentabilité. Pour chaque course, partez du prix HT du transport et retranchez commission HT, rémunération du conducteur, énergie, péages, parking, temps d'approche, attente, retour non chargé, coût du véhicule et coût d'incident attendu.
Mesurez au moins :
- marge contributive par course et par heure mobilisée ;
- taux de transformation des demandes transmises ;
- annulations et no-shows par origine ;
- temps de réponse et retards ;
- délai entre course, facture et encaissement ;
- taux de réclamation et coût des gestes commerciaux ;
- concentration du chiffre d'affaires sur le partenaire.
Le dossier commission d'un hôtel partenaire fournit la même discipline de calcul. Comparez aussi chaque résultat à votre prix minimum rentable.
Préserver la réservation préalable
La chaîne avec une conciergerie ne dispense pas du justificatif de réservation préalable. L'arrêté du 6 août 2025 impose sept informations : nom ou dénomination et coordonnées de l'exploitant, numéro REVTC, numéro unique d'identification, nom et téléphone du client, date et heure de la réservation, date et heure de prise en charge souhaitées, lieu de prise en charge.
Décidez qui produit le support et comment il parvient au conducteur. Si la conciergerie est tiers réservataire, assurez la correspondance entre sa demande, le client, l'exploitant réellement affecté et le justificatif présenté. Un simple code interne incompréhensible hors de l'outil ne garantit pas l'accès aux mentions.
La destination, le véhicule et le conducteur sont très utiles au bon de mission, mais ils ne remplacent pas les sept mentions. Le contrat peut demander davantage pour organiser le service ; il doit distinguer exigence réglementaire et donnée opérationnelle.
Ne transmettre que les données nécessaires à la course
Une demande de transport confirmée et une liste de prospects à démarcher sont deux situations différentes. Dans la première, transmettez les données nécessaires à la réservation et à l'exécution selon les rôles et bases juridiques définis. Dans la seconde, la CNIL encadre la transmission de contacts à des partenaires pour leur propre prospection.
Depuis le 11 août 2026, le démarchage téléphonique des consommateurs est en principe soumis au consentement préalable, hors notamment le cas prévu pour un contrat en cours, sous réserve du cadre applicable. Un numéro remis à la conciergerie pour organiser un séjour n'est pas automatiquement une autorisation de recevoir les offres futures de tous ses partenaires.
Le contrat documente :
- qui collecte et informe le passager ;
- les finalités : course, assistance, facturation ou prospection ;
- les données transmises pour chaque finalité ;
- les bases juridiques, rôles RGPD et instructions ;
- les accès, sous-traitants, transferts et mesures de sécurité ;
- les durées, suppression et traitement des demandes de droits ;
- la conduite à tenir en cas de violation.
N'envoyez pas l'historique de séjour, les notes VIP, la copie d'une pièce ou les coordonnées d'autres voyageurs si la course n'en a pas besoin. Un lien de mission expirant et nominatif réduit le risque par rapport à un groupe de messagerie permanent.
Définir le niveau de service sans promesse impossible
Le contrat fixe les heures de couverture, le délai de réponse, les zones, les catégories de véhicule et les exclusions. Il différencie :
- demande reçue : pas encore acceptée ;
- course acceptée : engagement selon les conditions ;
- chauffeur affecté : ressource nominative contrôlée ;
- prise en charge : événement opérationnel ;
- course achevée : preuve de fin et éventuel incident.
« Réponse en cinq minutes » n'est pas « véhicule garanti en cinq minutes ». Les indicateurs définissent horloge, source, exclusions et niveau attendu. La conciergerie ne doit pas annoncer au voyageur une berline, une attente gratuite ou un remplacement que le VTC n'a pas confirmé.
Attribuer les incidents sans effacer les responsabilités légales
Pour retard, annulation, accident, objet oublié, comportement ou indisponibilité, la clause désigne qui sécurise, informe, remplace, documente, rembourse et répond au client. Elle organise aussi les recours entre professionnels.
Une formule disant que « le chauffeur assume toute responsabilité » ne garantit pas qu'elle produira cet effet envers le client. Lorsque la conciergerie est qualifiée de centrale, la responsabilité prévue par le Code des transports demeure selon ses conditions. Lorsqu'elle n'est qu'apporteuse, elle ne doit pas se présenter comme exécutant ou garant si ce n'est pas le service convenu.
Le geste commercial et la facture fournisseur sont deux décisions distinctes. Ne déduisez pas automatiquement un remboursement client de la rémunération du chauffeur sans faits, contradictoire et fondement contractuel.
Organiser les annulations et no-shows
Fixez une heure limite, le fuseau utilisé, le canal qui fait foi, les périodes d'attente et la preuve de présence. Distinguez annulation par client, par conciergerie, par exploitant, force majeure et erreur de réservation.
Le prix d'annulation communiqué au client doit correspondre au contrat entre les professionnels. Si la conciergerie offre gratuitement l'annulation tout en laissant le coût au VTC, la marge supporte une promesse qu'il ne contrôle pas. Référez-vous aux devis et conditions de réservation avant la première course.
Séparer les flux de facturation
| Modèle | Facture transport | Rémunération conciergerie |
|---|---|---|
| Apport simple | VTC vers client | Facture ou flux prévu pour l'apport |
| Conciergerie cliente | VTC vers conciergerie | Intégrée à sa propre offre client |
| Conciergerie vendeuse | Selon chaîne contractuelle réelle | Marge ou commission identifiée |
| Sous-traitance | Vendeur vers client, exécutant vers donneur d'ordre | Deux relations comptables |
Le relevé mensuel porte les identifiants de course, dates, montants, annulations, avoirs, commission et statut de paiement. Chaque total doit se rapprocher des factures et de la banque. Le délai de paiement du client entreprise doit être mesuré, car une activité rentable peut manquer de trésorerie.
Encadrer marque, clientèle et fin du partenariat
Le contrat précise l'usage des logos, les messages autorisés, la propriété des supports et la personne habilitée à répondre publiquement. Aucune partie ne publie le nom de l'autre comme « partenaire officiel » avant accord.
Pour la clientèle, évitez les notions vagues de « propriété du client ». Décrivez plutôt les droits et interdictions : utilisation des coordonnées, récurrence, prospection après la course, conservation, opposition, sollicitations pendant et après le contrat.
La résiliation traite les réservations futures, soldes, avoirs, données, accès, supports de marque et réclamations ouvertes. Une clause de non-sollicitation trop générale mérite une analyse juridique ; elle ne doit pas servir à conserver des données sans finalité.
Lancer un pilote réversible
Commencez par un petit périmètre : une zone, une catégorie de véhicule, quelques créneaux et un plafond de courses. Définissez avant le test les critères d'arrêt et de réussite.
- valider le parcours contractuel et les modèles de message ;
- tester une réservation et son justificatif ;
- simuler un doublon et une annulation ;
- exécuter de vraies courses avec identifiant commun ;
- rapprocher prix, commission, facture et paiement ;
- mesurer marge, délai de réponse et incidents ;
- recueillir les écarts du VTC, de la conciergerie et du client ;
- décider de poursuivre, corriger ou arrêter.
Un pilote ne sert pas à valider un volume promis ; il vérifie que la chaîne fonctionne et reste rentable lorsque surviennent les cas difficiles.
Checklist avant signature
- parcours d'une course dessiné de bout en bout ;
- rôle réel de la conciergerie qualifié ;
- vendeur et exploitant identifiés ;
- vérifications VTC attribuées et datées ;
- lead, doublon et fenêtre d'attribution définis ;
- assiette, TVA et exigibilité de la commission écrites ;
- marge testée course par course ;
- sept mentions de réservation préservées ;
- données distinguées entre exécution et prospection ;
- niveau de service mesurable ;
- annulation, no-show et incident attribués ;
- flux de factures et délais de paiement cohérents ;
- marque, récurrence et résiliation encadrées ;
- pilote plafonné et critères d'arrêt approuvés.
Sources officielles
- Entreprendre.Service-Public : différence entre agent commercial et apporteur d'affaires
- Légifrance : activités de mise en relation dans le transport public particulier
- Légifrance : article L. 3141-2, vérifications de la mise en relation
- Légifrance : article L. 3142-3, responsabilité de la centrale de réservation
- Légifrance : sept mentions du justificatif de réservation VTC
- REVTC : inscription et gestion du dossier d'exploitant
- Entreprendre.Service-Public : contrôle d'une carte professionnelle VTC
- CNIL : transmission de données de particuliers à des partenaires
- CNIL : démarchage commercial et règles applicables depuis août 2026
- Ministère de l'Économie : facturation entre professionnels
Sources consultées le 6 septembre 2026. La qualification d'apporteur, mandataire, vendeur, opérateur de mise en relation ou centrale dépend du service réel. Faites valider les montages récurrents, l'assurance, la fiscalité et les responsabilités avant généralisation.
